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Rencontre d'un écrivain : Patrick Goujon Centre Scolaire Jeanne d'Arc - 10 rue du Sauget, 39300 Champagnole |
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Elles ont osé la rencontre
A l’occasion du festival littéraire des Petites Fugues, les classes de seconde bac professionnel et leurs professeurs ont accueilli un écrivain en novembre 2008, Patrick Goujon. La préparation de cette activité a été menée en interdisciplinarité. Après l’intervention, les élèves ont rédigé un article de presse ainsi que des textes sur certains aspects de la rencontre dont elles avaient envie de parler. Voici l’article de presse rédigé par la classe de secrétariat composée de 19 jeunes filles. |
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UNE CLASSE DE JEANNE D’ARC EN FUGUE AVEC PATRICK GOUJON |
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« Je suis vraiment ému et touché par votre accueil » Dans le cadre de la septième édition des Petites Fugues organisée par le Centre régional du Livre, des élèves de seconde Bac professionnel comptabilité et secrétariat du lycée Jeanne d’Arc et leurs professeurs ont reçu l’écrivain Patrick Goujon le 27 novembre dernier. Le courant est tout de suite passé entre ces adolescentes et le jeune écrivain originaire du Val de Marne qui a déjà à son actif trois romans publiés dans la Collection blanche de Gallimard : Moi non en 2003, Carnets d’absence en 2005 et Hier dernier en octobre 2008. Dans ses œuvres, il évoque l’univers de la banlieue et aborde le délicat passage de l’adolescence à l’âge adulte. Son écriture contrastée, tendre et violente à la fois, parfois crue, toujours poétique et musicale se prête bien à la lecture à haute voix. |
Après avoir mis les élèves à l’aise, il s’est présenté, a raconté pourquoi et comment il était devenu romancier après avoir voulu d’abord être illustrateur de bandes dessinées. Il avait apporté des brouillons et des manuscrits et il a décrit le parcours de ses romans de leur conception à leur édition. La lecture de quelques passages a été un moment très apprécié. Répondant ensuite aux questions des lycéennes, il a notamment fait la part du vécu et de la fiction dans ses œuvres et parlé du rapport financier d’un roman à l’auteur ainsi que de son expérience comme scénariste d’Un gars, une fille. Les échanges se sont poursuivis autour d’une appétissante collation. Charmé par cet accueil chaleureux, l’auteur s’est attardé auprès de ces lycéennes ravies par cette après-midi enrichissante. Une belle ouverture sur la littérature que cette petite fugue !
Voici ensuite les réactions des 15 jeunes filles qui appartiennent à la classe de comptabilité, le seul garçon étant absent ce jour-là.
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« Le moment que j’ai surtout apprécié, c’est quand il nous a raconté des anecdotes mettant en scène ses copains de collège ou de lycée et quand il évoqué tous les métiers qu’il a dû exercer pour gagner de l’argent tout en ayant le temps d’écrire, comme celui de gardien de nuit dans un parking. » « Patrick Goujon nous a raconté comment lui, banlieusard s’en est sorti aussi bien. Il nous a expliqué toutes les difficultés qu’il a surmontées. La lecture d’extraits de ses romans était si entraînante qu’il nous a donné l’envie d’entrer dans le monde de la lecture. » |
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« Le moment que j’ai le plus apprécié, c’est celui où Patrick Goujon a répondu à nos questions tout en parlant de ses livres, comment il les a écrits, les difficultés qu’il a rencontrées. Grâce à sa lecture d’extraits, j’ai interprété ses romans différemment. » « Les supports des brouillons qu’il nous a fait passer étaient le plus souvent des feuilles volantes, des mouchoirs, des nappes ou des serviettes en papier. Contrairement à d’autres écrivains qui travaillent avec un ordinateur, il écrit toujours de façon manuscrite et sur tout ce qui lui tombe sous la main. » « Le courant est passé très vite entre lui et nous. Il est vrai qu’au début nous étions un peu intimidées, alors il a repris sa présentation, faisant preuve de patience et de compréhension, jusqu’à ce que l’une d’entre nous se décide à poser la première question. A la fin, nous lui avons posé plus de questions auxquelles il a été ravi de répondre, c’est ce moment-là qui m’a plu. » « Tout le monde était attentif lorsque Patrick Goujon nous lisait des extraits de son livre Moi non. Les yeux pétillants, la voix pleine de sentiments, il nous faisait vivre son écriture. Ses mots, son timbre de voix, ses gestes étaient magiques, portés par une belle mélodie. Comment pourrait-on oublier cet instant ? » « J’ai beaucoup aimé sa façon de nous raconter les difficultés qu’il a parfois éprouvées pour écrire certains passages de ses livres. A travers sa lecture d’extraits, j’ai senti à quel point ses descriptions collent à la réalité et j’ai beaucoup aimé cela. » |
« C’était une rencontre inoubliable. Tout au long de cette après-midi, j’ai été passionnée par ce qu’il disait mais j’ai eu un coup de cœur quand il nous a fait partager le but de son livre Carnet d’absences. Je n’avais pas vraiment compris pourquoi il avait choisi ce titre et il nous a expliqué que les personnages étaient des enfants qui grandissaient en l’absence de quelque chose ou de quelqu’un, par exemple un parent décédé. Il m’a fait découvrir un point de vue différent sur ce roman et m’a donné encore plus envie de le lire car dans un sens je suis plus proche des personnages du livre que je le pensais. » |
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« J’ai particulièrement apprécié cet instant où nous avons discuté en dégustant de délicieux gâteaux confectionnés par plusieurs d’entre nous, les pâtisseries marocaines d’Imane étaient particulièrement délicieuses. J’ai trouvé formidable que certaines élèves aient autant parlé avec Patrick Goujon qui s’est montré très compréhensif à notre égard. Ce moment était très beau à vivre. » « C’était très intéressant de pouvoir échanger avec lui à propos du contenu de son intervention. Il a un bon caractère et est très attentif à ce qu’on lui dit. » « Sur son visage, on pouvait lire un sourire dont il ne s’est pas départi jusqu’à son départ. La joie et la bonne humeur étaient au rendez-vous. M. Goujon avait l’air content d’être là, il parlait avec nous tel un vieux copain. Il a même pris le temps de nous faire des dédicaces sur nos agendas malgré son emploi du temps chargé. » |
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Et le poème de la fin :
Un moment émouvant
Quand il l’a appris Il a rougi A l’annonce d’un goûter pour lui préparé Ses yeux se sont écarquillés
Ressentant tant d’émotion devant une telle préparation Ne trouvant plus ses mots Il a pris des photos
Notre accueil était à ses yeux un festin Mais rien de plus normal pour un écrivain Nous avions tout organisé Afin que cette journée soit appréciée. |
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Elle l’a été ! Nous vous remercions de votre attention. Les élèves de seconde bac professionnel et l’équipe enseignante |
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A la fin du cours, le prof demande à me voir seule. J'attends debout. Je fais tourner mon paquet de clopes dans ma poche pendant qu'il termine de recopier les exercices dans le cahier de textes de la classe. Il le referme avec précaution et le tend à Cécilia. C'est la déléguée, elle le cale sous son bras avec le cahier d'appel. Elle me dit On se retrouve à la cantine. Je dis Oui, en sachant d'avance que je n'irai pas. Le pull beige du prof a servi de tampon au tableau. Son coude est couvert de poussière bleue. Est-ce que c'est moi il dit, c'est peut-être moi il dit en se marrant, ou la faute de mes cours, mais j'ai l'impression que vous êtes parfois comme... Comment vous dire ? |
Y a pas de méchanceté particulière sur son visage. Et c'est rare. Lui, on pourrait dire qu'on aimerait bien l'avoir comme père, même comme papa on pourrait le dire sans avoir peur de passer pour une conne. Parce qu'on pourrait aborder n'importe quel sujet sans crainte, et on pourrait aussi dire qu'on aimerait l'avoir comme frère, et comme copain évidemment, comme copain ou bien comme mec. Son visage colle avec la gentillesse. Rien qu'un clin d'œil d'encouragement, une brisure à la terminaison du sourcil en signe d'inquiétude. Son papier de verre autour des lèvres, la gerçure au milieu de la bouche où on peut fourrer sa langue dedans quand on aurait plus le courage de parler, tout ça se marie parfaitement je veux dire. Ses yeux, pendant que j'y suis, ils sont noisettes incrustés d'éclats vert, vert comme les éclairages sortie de secours, dans les dortoirs, la nuit au-dessus des portes. Je vous dis ça parce que vous avez souvent l'air absente. Non ? Il attend que je réagisse. Vous vous en foutez de ce que je dis, pas vrai ? J'ai rien écouté alors je sais pas quoi lui répondre. Je me suis assise près des arbres et du container rouillé, à recopier dans mon carnet des bouts du bouquin que je suis en train de lire. Cécilia dit qu'elle était sûre de me trouver ici, qu'elle en aurait mis sa main au feu. Elle s'assied sur le couvercle du container et demande une millième fois pourquoi je veux pas manger à la cantine. Je suis pas demi-pensionnaire je dis. C'est à cause de tes sourcils ? Non. Parce qu'ils repoussent et... L'année dernière non plus j'y mangeais pas à cette saloperie de cantine ! Je prends la moitié d'une pomme rose que j'avais laissé s'oxyder à côté de moi. Je sors mon canif et je commence à éplucher la peau. Il te voulait quoi le prof ? J'sais pas. Je crois qu'il se faisait du mouron. Cécilia se moque. Du mouron, c'est un terme de mamie. C'est pas la première fois je dis. Ils se font du souci dès que tu t'en fous de ce qu'ils racontent. Pour peu que tu penses à autre chose en même temps, ils croient que... Je sais pas ce qu'ils croient au fond. Ils sont bizarres ces profs elle dit. Lui, je suis sûr qu'il est PD. On le voit tout le temps avec des mecs. Et alors ? Ben jamais avec des femmes. Les ragots dans le coin, je te raconte même pas... Quand j'ai déménagé de la Cité, il a fallu que je m'acclimate. Les boniments, je suis bien contente de pas avoir habité ici avec ma mère, non, je préfère pas y penser, on oublie ça. Putain elle dit Cécilia, Si j'te le dis : j'suis sûr qu'il est PD ! Les pommes, j'adore les éplucher pour avoir la main gauche qui tourne autour, et qu'elle glisse sur la chair. J'aime bien que l'encre sur mes doigts se dépose et se mélange avec le jus de la pomme. Puis je tranche la pomme en lamelles. Les lamelles tachées, littéralement, j'ai l'impression d'ingurgiter et digérer une partie des mots des livres que j'ai aimés. Cécilia, elle épluche pas les pommes. Moi je les épluche mais elle, elle les croque à pleines dents, directement avec la peau. Dans des livres, comme celui que je lis en ce moment, on peut rapidement saisir le caractère de quelqu'un avec ce type de détails. Ce qui m'inquiète, c'est que c'est sûr, si on demande à une personne laquelle d'entre nous deux croque directement dans la pomme et laquelle préfère l'éplucher pour la couper en lamelles, c'est à parier que la personne se trompe. Et je parle pas d'une personne qui me connaîtrait que de vue, vite fait. Je parle d'une personne proche qui me connaîtrait bien. Je suis sûre qu'elle dirait sans hésitation que je suis du genre à croquer directement dedans sans éplucher la peau. Alors que c'est dramatique, parce qu'au fond de moi, je suis tout à fait l'inverse. |
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Extrait de "carnet d'absences" Patrick Goujon - 2005 |
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